酒と茶の湯と狂言

Kyôgen, thé et saké — Au croisement durire et de l’esthétique japonaise,

Hiroaki OGASAWARA, acteur de théâtreKyôgen issu de l’École Izumi,
fondateur de l’association Atelier OGA Paris et membrede l’association japonaise de Nôgaku.

La culture traditionnelle japonaiseregorge de plaisirs raffinés. Parmi eux, trois plaisirs ont été chéris aussibien par les nobles que par les gens du peuple : le thé, le saké et le Kyôgen. Apremière vue, ces trois mondes semblent éloignés les uns des autres. Pourtant,ils partagent une même essence : célébrer l’humanité en embrassant à la fois lajoie et la naïveté et en révélant la beauté et le rire nichés dans lequotidien.

Mais au fait,qu’est-ce que le Kyôgen ?
Le Kyôgen, forme théâtrale japonaise née il y a environ 700 ans, estétroitement lié au théâtre Nô. Ensemble, ils forment le Nôgaku. Alors que le Nôs’inspire de récits mythologiques ou guerriers et se distingue par sa beautémystérieuse et son atmosphère tragique, le Kyôgen met en scène la naturehumaine dans toute sa vérité : ses qualités et ses travers, ses maladresses etses petits plaisirs. Une véritable ode à l’humanité, souvent sous forme de comédies.

Dans le Kyôgen,le thé et le saké apparaissent fréquemment. Le thé, boisson stimulante, et lesaké, boisson énivrante, agissent comme catalyseurs de détente et de liensocial. Mais sur scène, ils dépassent le simple cadreconvivial : ils deviennent des déclencheurs d’aveux, de chaos et de retournementscomiques.

On trouve parexemple Tarô-kaja, un serviteur rusé, qui invente un mensonge pour éviterd’aller chercher de l’eau pour une cérémonie du thé (Kyôgen :Shimizu). Il peut être également celui qui s’endort profondément alors qu’il devaitmoudre du thé pour son maître (Kyôgen : Hikuzu). On rencontreaussi l’esprit d’un maître de thé, mort d’épuisement après avoir préparé du thépour plus de 300 personnes sur un champ de bataille (Kyôgen :Tsûen) — une « mortpar le thé », en quelque sorte.

 

Dans l’univers du Kyôgen, le thé estprécieux, souvent réservé aux aristocrates, tandis que pour les serviteurscomme Tarô-kaja, il n’est pas apprécié de la même manière car il représenteavant tout une tâche fastidieuse ( car ils doivent assurer les préparatifs dela cérémonie du thé.)

 

Bien que l’on boive peu de thé sur scène, il faut savoirque le Chano-yu, ( nom donné à la cérémonie de thé ) et le Kyôgen partagent une affinitéprofonde, celle d’un espace épuré, fondé sur des formes codifiées ( kata) et une esthétique de la sobriété.

Mais, dans leKyôgen, la véritable boisson consommée est le saké.

 

Tout comme il existe une grandevariété de thés et de sakés, il existe aussi différents types d’ivresse… et derires. Le Kyôgen en propose trois grandes formes :
• le rire decélébration, joyeux et porteur de bon augure,
• le riresatirique, qui libère les frustrations du quotidien,
• le rireharmonieux, qui apaise l’âme et invite à la détente.

 

Le saké traverse tous ces registres.Il suffit qu’un personnage en boive une gorgée pour qu’il se montre loquace,deux gorgées pour révéler ses secrets et trois pour chanter comme un poète !Parfois, cela mène à de grands désastres....
Dans la piècefestive Mochi-Saké, on célèbre même les dix vertus du saké :

1.         Il Remédie à tous les maux,

2.         Prolonge la vie,

3.         Réconforte lors des voyages,

4.         Protège du froid comme un manteau,

5.         Sert de prétexte aux visites,

6.         Apaise la solitude,

7.         Soulage la fatigue,

8.         Dissipe les chagrins,

9.         Permet de fraterniser au-delà desrangs,

10.     Rassemblejoyeusement tous les hommes.

Le décor du Kyôgen est minimaliste : pas d’effets sonores ni de lumièreartificielle. La scène est un carré délimité par quatre piliers, avec un pin sacrédessiné en arrière-plan. Elle possède deux accès :
• un rideaud’entrée Agémaku, latéral pour les personnages du monde fictif ;
• une petite porte appelée Kirido, si bassequ’il faut s’incliner pour passer — comme dans un pavillon de thé.

Tout êtrehumain pénétrant sur scène s’incline ainsi devant le pin sacré, symbole dulieu. Dans ce vide scénique, un simpleéventail devient pinceau, baguettes, bouteille ou coupe à saké. L’imaginationdu spectateur complète l’image. Cette esthétique de l’inachevé, de l’espacelaissé vide, fait écho à l’esprit du Wabi-cha, un style dela cérémonie de thé.

Comme le thé apaise l’esprit, comme le saké libère le cœur, le Kyôgen nousapprend à rire avec tendresse de notre propre absurdité. Ces trois mondes, enapparence différents, sont unis par un même souffle, celui de l’éloge del’humanité.
Peut-être que ?dans une société dominée par la vitesse et la technologie, ces traditions nous offrirontdes outils pour retrouver notre humanité. On ne sait jamais.
Pour conclure, citons un chant populaire issu de la célèbre pièce Bôshibari, oùdeux serviteurs voleurs de saké, attachés l’un à un bâton, l’autre sans braslibres, parviennent tout de même, grâce à leur ruse et leur complicité,physique et sociale, à boire et à chanter la joie de vivre :

“Le saké est à l’origine un remède,
Et le monde, unbreuvage de compassion.
Si l’on oubliela folie de ce monde,
C’est grâce à lavertu, empreinte de tendresse humaine, du saké.”

Alors, et si vous veniez voir du Kyôgen, goûter à cette tendresse universelle,à cet humour intemporel célébrés depuis plus de 700 ans ?
Un théâtre où l’on rit comme on boit le saké, où l’on rêve comme on savoure lethé — au croisement de la beauté et de l’humanité.

Profil
Hiroaki Ogasawara
Né en 2001, il est initié à l’artdu Kyôgen dès son plus jeune âge, auprès de Man NOMURA I, Trésor NationalVivant, de Manzô NOMURA IX, et deson père, Tadashi OGASAWARA, acteur de Kyôgen issu de l’école Izumi.Il fait ses premierspas sur scène à l’âge de trois ans dans la pièce Utsubo-Zaru, et,depuis, interprète de nombreux grandsrôles de Kyôgen au Japon. Par ailleurs, il s’associe volontiers à desartistes français et participe ainsià de nombreuses créations en France. Depuis 2014, il partage sa vieentre le Japon et la France afin de promouvoir, entre autres, le Kyôgen et laculture japonaise en France, jouant un rôle de pont culturel entre les deuxpays. Dans cet objectif, il a fondé l’association Atelier OGA Parisen France et organise régulièrementdes spectacles et des stages.
Pour plus d’informations : atelierogaparis.com

狂言、茶、そして酒――日本の笑いと美の交差点 (仏マリクレール出版社2025年度アルバムに掲載)

小笠原弘晃(狂言方和泉流・Atelier OGA Paris 主宰、公益社団法人能楽協会会員)

日本の伝統文化には、洗練された楽しみが数多くあります。中でも、古くから貴族から庶民まで多くの人々に親しまれてきたもの――それが、「茶」「酒」、そして「狂言」です。

一見、まったく異なる世界に見えるこの三つですが、実は共通する精神があります。それは、人間の営みを愛し、喜びや愚かさをも包み込み、日常の中に美と笑いを見出すということ。いずれも、私たちの「人間らしさ」に寄り添い、それを肯定する文化なのです。

さて、「狂言」とは何でしょうか。

狂言は、およそ700年前に成立した日本の伝統演劇で、能と対をなす存在です。両者は「能楽」と総称されます。

能が神話や戦の物語を題材とし、幽玄な美と静謐な悲劇性を特徴とするのに対し、狂言は人間の滑稽さや本音、日常の小さな出来事を通じて、笑いの中に人間の真実を映し出す芸能です。いわば「人間讃歌」とも言える舞台――その本質は、喜劇でありながら、深く温かなまなざしに貫かれています。

この狂言の世界には、しばしば「茶」と「酒」が登場します。

茶は覚醒を促す飲み物、酒は酩酊を誘う飲み物――対照的な性質を持ちながら、どちらも人々の緊張を解き、社会的なつながりを生み出す媒介です。しかし、狂言の舞台上では、これらは単なる嗜好品ではなく、物語を動かす仕掛けとして機能します。本音を暴露させ、混乱を引き起こし、笑いの転機をもたらす装置となるのです。

例えば、狂言『清水』では、主人に命じられた茶事の水汲みを面倒に思った太郎冠者が、大嘘をでっちあげて逃げようとします。『簸屑』では、茶挽きを任されたものの退屈さに耐えかねて眠ってしまい、失敗を招きます。『通圓』では、なんと戦場で300人分もの茶を点て続けた挙げ句、疲労死した茶人の幽霊が登場します――まさに「茶による戦死」、点て死にです。

狂言の世界において、茶は高貴なものとされ、主に貴族階級の象徴として描かれます。一方、召使たちにとっては、それはただの煩雑な仕事でしかなく、そこにこそ狂言らしい可笑しみが生まれます。舞台上で実際に茶を飲むことは少ないものの、狂言と茶の湯には深い共通点があります。それは、簡素な空間で「型」を重んじる美意識――すなわち、余白の美=わびの精神です。

しかし、狂言で実際に飲まれるのは、何といっても「酒」です。

茶や酒に多様な種類があるように、酔い方にもさまざまな段階があり、そして笑いにもまた多様な層があります。狂言には大きく分けて三つの「笑い」があります。

祝言の笑い:祝いの場にふさわしい明朗で縁起の良い笑い

風刺の笑い:日常の鬱憤を晴らす、社会へのユーモアと皮肉

和楽の笑い:心をほどき、穏やかな楽しさに満ちた笑い

酒はこれらすべての笑いを媒介します。一口飲めば口が滑らかに、二口飲めば秘密がこぼれ、三口飲めば詩人のように謡い出す――かと思えば、酔いすぎて大失態、というのもお約束です。

祝言の趣きが強い演目『餅酒』では、「酒の十徳」まで謡われます。

1. 百薬の長

2. 長寿をもたらす

3. 旅路の慰め

4. 寒さをしのぐ衣となる

5. 訪問の口実になる

6. 孤独を慰める

7. 疲労を癒す

8. 憂いを払う

9. 身分を越えて交わりを生む

10. 万人を楽しませる

舞台美術においても、狂言の世界は非常に簡素です。

舞台は四本の柱に囲まれた正方形で、背景には一本の松の絵が描かれています。照明も音響も使われず、純粋に「空間」と「身体」と「言葉」で世界が立ち上がります。

登場口は二つ。ひとつは舞台左手の揚幕、もうひとつは、身をかがめてくぐらねばならない小さな引き戸、切戸。これはまさに、茶室の躙口にも通じる「頭を垂れる所作」。舞台に登る者は、必ずこの松に礼をしてから登場します。

狂言の小道具はほとんどが扇一本。それが、筆になり、箸になり、酒瓶や盃にすらなる。舞台に余白があるからこそ、観客の想像力がそれを補い、物語は立体化していくのです。まさに、わび茶に通じる「未完成の美」、想像の余地が美を生む世界です。

茶が心を鎮め、酒が心をほどき、狂言が人間の愚かしさを優しく包み込む――

この三つの文化は、異なるように見えて、どれも「人間を慈しむ眼差し」に満ちています。

スピードと情報に満ちた現代社会において、こうした文化は、私たちが「人間であること」を取り戻すための、優しい処方箋になるかもしれません。

最後に、狂言『棒縛』の謡から一節をご紹介して、筆を置きたいと思います。

盗み酒がばれて縛られた二人の召使が、身体的/社会的な不自由を抱えながらも、それでもなお知恵と工夫で酒を飲み、人生の喜びをうたう名場面――

酒はもと 薬なり
世はまた 人の情けなり
浮世を忘るるも
ひとえに 酒の徳とかや

700年前から変わらぬ人間の愛らしさ、滑稽さ、たくましさを、ぜひ一度、狂言の舞台で味わってみませんか?

筆者 / Writer

小笠原弘晃

Hiroaki Ogasawara

能楽師狂言方和泉流 (公社)能楽協会会員 (一社)アトリエオガ.ジャポン 代表理事 l'association AtelierOGA Paris 理事 野村萬 野村万蔵 小笠原由祠に師事 13歳の春にパリに留学し、それより日仏両国で日本文化普及活動/研鑽に励む。 現在パリ第一パンテオンソルボンヌ大学2回生